dimanche 16 décembre 2018

le Comite des droits de l’homme des nations unies , le port du voile pendant les heures de travail, le voile intégral… et notre conception de la laïcité



La salariée d’une crèche de la région parisienne ( BABYLOUP) est licenciée parce qu’elle se refuse à ôter son voile pendant les heures de service. Ayant vainement épuisé tous les recours en France, elle soumet son cas aux experts du comité des droits de l’Homme des Nations unies.
Des femmes verbalisées en France pour le port du voile intégral en violation de la loi française font de même. Dans tous les cas, le comité des droits de l’Homme des Nations unies demande à la France à laquelle ils donnent tort de revoir sa position.
Disons le d’emblée, il ne nous semble pas, bien au contraire, que le contrôle par un groupe d’experts indépendants de l’application des textes internationaux de protection des droits de l’Homme puisse être critiqué. En matière de droit fondamentaux, nous ne jugeons pas défendable un souverainisme en cette matière (pour le souverainisme en général, c’est totalement extérieur à l’objet statutaire de notre association).
En revanche, nous pouvons nous interroger sur cette incompréhension par nombreux d’experts internationaux, parfois hors de l’enceinte de ce comité des droits de l’homme, de la conception française de la laïcité.
La conception française, à laquelle nous nous rattachons, accorde une grande importance à l’individu. Serait-ce à dire que les communautés à l’intérieur de la nation n'existeraient pas? Sans doute pas, mais cela signifie quand même que la liberté individuelle de conscience revêt une grande importance, ne figure-t-elle pas comme des principes directeurs de la loi de 1905, dès son article 1 ? L’une des particularités du droit français est précisément la recherche d’un équilibre entre les droits de l’individu et ceux des communautés. Ce n’est pas le cas partout, même en Europe.Est-ce à-dire qu’il faille clouer au pilori les autres régimes juridiques en Europe dans le monde ? Sans doute pas, mais, si nous voulons que notre régime de laïcité soit compris et adopté, nous pensons nécessaire de redoubler d’efforts pour discuter et persuader.



Pour revenir aux Nations unies, un rapporteur spécial sur l’intolérance religieuse, Monsieur Amor, émettait des réserves sur les politiques de lutte contre le sectarisme, et craignait un réveil de l’intolérance religieuse. Une des femmes lui ayant succédé à ce poste, Madame Asma Jahangir, dans un de ses rapports, critiquait explicitement l’attitude française, considérant les membres de sectes en France comme des victimes de discrimination. Le Cercle laïque pour la prévention du sectarisme (CLPS) avait exprimé son désaccord avec elle, mais aussi du respect: après avoir quitté son poste à l’ONU, elle était revenue au Pakistan où elle avait été assignée à résidence car elle était depuis son plus jeune âge une militante des droits de l’Homme. Elle avait été vice-présidente de la fédération internationale des droits de l’Homme.
Lorsqu’elle était assignée à résidence, le CLPS avait exprimé le souhait qu’elle soit libérée, tout en déplorant et en s’interrogeant sur l’incompréhension entre des militants si courageux par ailleurs et nous, laïques français, tellement préoccupés par la défense de ces droits. Aussi nous ne sommes pas étonnés par les récents avis du comité des droits de l’Homme des Nations unies.

Devant le comité des droits de l’homme des Nations unies, la France avait fait valoir l’importance du visage découvert qui favorise la communication et le vivre ensemble. Pouvons-nous nous permettre d’émettre une opinion ? Est-ce que la dissimulation totale de l’individu et notamment du visage ne serait pas une source de dépersonnalisation qui irait à l’encontre du principe de dignité humaine ? Un principe que toutes les juridictions admettent pour fonder une décision en droit. Observons quand même que nous ne prenons nullement ce parti pour des raisons liées à la religion, chacun restant totalement libre de croire ou de ne pas croire, mais uniquement pour des raisons liées au respect de la personne. Surtout que notre lecteur ne se méprenne pas : jamais nous ne nous nous référerons à une laïcité teintée d’hostilité à la religion musulmane à à l’instar d’un journal en ligne prétendument laïque mais dont l’hostilité viscérale à l’Islam ne peut même plus dissimuler une xénophobie exacerbée.Cependant concluons sur une note d’optimisme : récemment, en janvier 2018, la rapporteuse spéciale de l'ONU dans le domaine des droits culturels affirmait : «les initiatives culturelles et artistiques peuvent aussi défendre les valeurs de diversité, de laïcité, d’inclusion, de tolérance, d’égalité des sexes, de droits de l’homme et de paix par les thèmes qu’elle choisissent d’aborder».
Pour persuader les acteurs publics du niveau le plus local ou niveau international de la pertinence de notre conception de la laïcité, pour les persuader aussi de la même pertinence dans notre action de prévention du sectarisme, les deux étant étroitement liées pour nous, il nous faudra faire preuve de patience et de persuasion; sûrement pas d’agressivité ni d’arrogance et encore moins de la certitude d’incarner la lutte du bien contre le mal.
Pour plus d’informations, le blog du CLPS,

 http://actu-sectarisme.blogspot.com

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